Des raffales de vent à t'enfoncer tellement les yeux qu'ils manquent de te ressortir par le trou du cul.
Des monstres de 100 pieds de long, avec des crocs comme mon bras.
Les chiottes bouchées.
La pêche en haute-mer, y'a pas à chier, ça rigole pas tous les jours.
Il y a encore deux semaines, j'étais ainsi en train de lutter contre les éléments déchaînés au large de l'atoll de Pom-Pom-Galli, alors que mon estomac était en train de tenter de reproduire à son échelle l'oeuvre de Picasso, périodes cubiste et bleue simultanément.
Ma fière embarcation, la "Mabarc'hast", se faisait ainsi branler depuis plusieurs jours, quand soudain, l'acalmie. Les flots s'apaisèrent, l'écume disparu, les monstres rentrèrent se brosser les dents, et le brouillard se dissipa (oui, je l'ai pas dit au début, mais il y avait du brouillard. Question d'ambiance).
Une île merveilleuse m'apparut alors. Des licornes y gambadaient librement, des arbres magnifiques ployaient sous leurs mille trésors exotiques, arbres à l'ombre desquels une vingtaine de femmes nues aux seins lourds et aux fruits offerts m'attendaient sur la plage.
Je manoeuvrais alors la Mabarc'hast pour atteindre ces rivages si accueillants. Ne prenant pas le soin d'amarrer mon embarcation, je me jetais à l'eau pour rejoindre ces sirènes en quelques brasses. Leurs corps affolants et leurs silhouettes parfaitement galbées ne laissaient pas de marbre mon coeur pourtant dur comme la pierre, lui aussi.
Elles me débarassèrent alors de mes frusques trempées, me saisir par les bras, et, tout en me lançant des regards lubriques lourds de sous-entendus, me guidèrent vers un château qui se profilait un peu plus loin. Noires, blanches, asiatiques, blondes, brunes, rousses, toutes n'avaient en commun que leur beauté extraordinaire et la sensualité extrême qui se dégageait de leur jeune corps de jouvencelles en mal d'amour. Certaines étaient montées sur les licornes, mais leur attitude ne laissait transparaître ni aggressivité, ni suspicion.
Sourdes à mes questions, elles ne me répondaient que par quelques gloussements adorables et autres mots, que je devinais doux, prononcés dans une langue inconnue et néanmoins harmonieuse.
Arrivé au château, une des plus mignonnes m'ouvrit la porte, un sourire mutin ne quittant pas sa charmante frimousse.
Je fis un pas dans le château. Celui-ci me rappelait quelquechose? L'avais-je vu sur quelque gravure de quelque livre mythique oublié? L'avais-je aperçu en rêve? Y avais-je déjà été amené lors d'une vie antérieure passée par delà les cieux?
Ses murs roses, son enfilade sans fin de hautes portes, ses décorations rococo, tout cela n'était pas sans me rappeler quelquechose.
Un tonitruant "Bonsoir!" retentit dans le hall du château. Les lustres commencèrent par trembler, puis la vibration se répercuta sur les murs qui commencèrent à osciller. Un peu de plâtre se détachait du plafond. Mes hôtesses ne se départissaient pourtant pas de leur sourire radieux.
Soudain, je compris. Trop tard. "Bienvenue dans cette 6ème édition de la Star Academy!"
Damned! Un guet-apens! Au bout du couloir, Nikos s'approchait inexorablement, smoking impeccable, un micro à la main, la tête fendu jusqu'au oreille dans un atroce rictus. Cette créature sortie du cerveau malade de quelque producteur inhumain continuait sa progression dans le couloir.
Ne faisant ni une, ni deux, ni même trois, je me débarassait de l'emprise soudain plus ferme des jeunes femmes qui m'accompagnaient. Une mandale solidement ancrée dans la machoire de la première gonzesse qui me passait à portée de bourre-pif, un genou solidement plaqué dans les tendres parties d'une autre pétasse qui tentait de me bloquer le passage, une volée de phalanges au travers de la tronche d'une dernière malheureuse, et je pris la poudre d'escampette.
Arrivé sur la plage, je me jetais à l'eau sans prendre la peine de ramasser mes vêtements abandonnés là. Tandis que je m'éloignais de la berge, ces erzartz de femmes, n'osant entrer dans les flots, entamèrent une atroce mélopée qui s'éleva en complète disharmonie vers les cieux qui visiblement ne tiendraient pas longtemps avant de lâcher leurs foudres.
"Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa muuuuusiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiqueuuuuuuuuuu!
La musiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiqueuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu!"
C'était plus que je ne pouvais en supporter. Je me crevais les tympans en m'y enfonçant les petits doigts jusqu'à la garde, remontais sur mon fier vaisseau, et entreprit de m'éloigner le plus rapidement possible de cette île maudite.
Depuis, quand, en souvenir de cette terrible mésaventure, ma guitare me démange, je la gratte un p'tit peu.



